Pourquoi une décision, même simple nous amène vers un chemin plutôt qu’un autre? Pourquoi un chemin nous invite à choisir ou à prendre une décision plutôt qu’une autre ? Parce que tout est intimement lié, entrelacé, marié, empilé.
Bien que tous nos sentiers mènent tous au même endroit, les variantes sont nombreuses et forment nos propres chemins de vie, fait de rencontres, d’amitié et parfois d’amour. Qu’il soit professionnel ou personnel, bon ou mauvais.
Alors, pourquoi le pain et la photo, quelle est la relation intime entre la miche et l’image ?
J’y viens, mais avant, quel est le plus vieux souvenir olfactif qui vous reste, celui qui vous titille encore aujourd’hui, par surprise. Celui qui vous plonge dans un agréable souvenir ou vous amène à une profonde mélancolie. Parce que, et c’est étonnant mais c’est notre nez, l’outil le plus fort de notre mémoire, plus encore que nos yeux ou même que nos oreilles aussi décollées soient-elles. Que ce soit le parfum de la cuisson de madeleines, d’une fragrance de Shalimar ou de l’odeur répugnante d’une décomposition, c’est le nez le meilleur outil de nos sens, le bibliothécaire de nos souvenirs. Le visuel vient après et signe, forge et fige cet instant à jamais.
Avant de devenir un souvenir, enfuit au plus profond de notre mémoire, les parfums, les odeurs, les saveurs nous orientent et m’ont orienté. Ils me suivent encore aujourd’hui et me surprennent.
A l’heure et l’âge où il est apparu utile de choisir sa carrière, j’ai fait comme beaucoup, j’ai dû faire avec mes outils, mes compétences et surtout mes incompétences, mes errances buissonnières.
J’ai poussé la porte de la boulangerie du village dont le patron était un ami de mon père. Il me proposa de venir voir pour voir.
J’ai donc mis mon réveil pour découvrir ce métier par un petit matin de printemps où seule la boulangerie du village éclairait la rue et la nuit.
A l’approche de ce lieu lumineux, une odeur, une saveur inconnue disparaissaient noyées dans d’autres. Elles s’échappaient de la porte entrouverte, couverte de buée. Il s’agissait de la baguette viennoise, tout simplement, inimitable et attirante, elle m’a happée vers le fournil. S’ en est suivi plus de 10 ans de travail, passionnant et exigeant tout autant.
Ça tient à si peu, une vulgaire baguette de pain au lait, savoureuse quand elle est tiède avec un vrai beurre ou une bonne confiture. Ma variante personnelle de la madeleine de Proust.
Je passerai sous silence les années qui suivirent dans divers fournils ou la rudesse du métier était de mise. Il faut parfois souffrir pour apprendre. Bernard Clavel le raconte si bien dans son roman, « La maison des autres » Boulanger pâtissier est un métier à n’en pas douter mais il laisse des traces indélébiles.
Encore aujourd’hui lorsque je croise le parfum si particulier d’une baguette viennoise qui s’échappe d’un four, je replonge direct vers ce petit matin de mes 14 ans.
Mais alors où est la photographie dans cette histoire ? C’est la même histoire…
Le métier de boulanger pâtissier laisse du temps, que l’on prend souvent sur son sommeil. Un temps précieux utilisé pour arrêter, le temps. Je suis devenu Boulanger Pâtissier et Photographe.
Finalement avec les années, les deux activités furent complémentaires avec cette nuance particulière. Les métiers de bouches sont des missions éphémères à renouveler chaque jour, la photographie s’inscrit elle dans le temps.

Casser la croûte…
Nourriture de base, simple et peu chère, le pain c’est l’humain. Des grains de céréale, souvent de blé ou de seigle moulus et fermentés par un levain ou une levure, de l’eau et du sel. Un point de chaleur, un four, un cailloux brulant. Sans doute l’aliment le plus simple et le plus universel.

Grains de blé dans les mains d’une paysanne, un jour de moisson

Début du travail du meunier

Donner de la force à la pâte par la force du boulanger

Encore et toujours les mains

Un sourire de fierté sur la fournée du jour






